La voiture électrique, un hochet pour les simples d’esprit – Deuxième partie

Suis-je contre le véhicule électrique? M’apparenté-je à Heidegger pour qui la technique moderne représentait le danger le plus grand? Peut-on associer technique et folie? Quand on sait que le mot technê représente, aujourd’hui, les moyens de production et d’innovation alors que, selon Heidegger, il apparaissait beaucoup plus dangereux au point de provoquer le réel pour l’éventrer, on peut s’interroger sur les capacités intellectuelles et philosophiques de ceux qui prêtent serment sur la Bible de la Borne de recharge!

Il faut à tout prix[1] découvrir la vérité!

Référons-nous également à Herber Marcuse qui exposait les dangers de la technique. Car, comme je le précisais dans mon essai intitulé Le partage de la connaissance, « ce qu’écrit Herbert Marcuse, sur la technique comme élément intrinsèque de la domination, récuse toute velléité idéologique de celle-ci – la technique – comme étant au service de l’homme. La technique ne change rien aux rapports humains si ce n’est qu’elle en accélère le caractère tragique, en essayant de rendre l’homme « unidimensionnel » pour mieux en contrôler la pensée voire la matière. »[2]

Ainsi, citons Marcuse pour qui la technique porte en elle les éléments de son propre danger : « Ce n’est pas seulement son utilisation, c’est bien la technique elle-même qui est domination (sur la nature et sur les hommes), une domination méthodique, scientifique et calculante. Ce n’est pas après coup seulement et de l’extérieur, que sont imposés à la technique certaines finalités et certains intérêts appartenant en propre à la domination. Ces finalités ou ces intérêts entrent déjà dans la constitution de l’appareil technique lui-même. […] La technique, c’est d’emblée tout un projet socio-historique : en elle se projette ce qu’une société et les intérêts qui la dominent intentionnent de faire des hommes et des choses. Cette finalité de la domination lui est consubstantielle et appartient dans cette mesure à la forme même de la société. »[3]

M’attribuer de mauvaises intentions, comme le font généralement aujourd’hui les arrogants acéphales, afin d’éviter les questions qui fâchent, est dans l’air du temps. Les tenants – parbleu, que dis-je, les fanatiques! – de la technologie accordent toute leur confiance à celle-ci et s’ancrent ainsi dans la matière ; un peu comme je voue un culte pervers à mes facultés intellectuelles. De ce point de vue, il est vrai de dire que le clivage entre les tenants du véhicule électrique comme Messie environnemental et mes positions de trouble-fête est entier.

Avouons-le d’emblée! Accroître le nombre de véhicules électriques au Québec ne ferait que garantir ma rente! En effet, en tant que retraité d’Hydro-Québec, j’ai tout intérêt à promouvoir le « tout électrique ». D’ailleurs, un de mes gags de prédilection consiste à féliciter quiconque illumine son environnement de manière ostentatoire!

Alors, peut-on m’accuser de favoritisme? Suis-je à ce point déconnecté de la réalité pour critiquer une position qui me serait favorable? Ce serait mal comprendre les questions philosophiques que je me pose afin de bien interpréter le monde dans lequel on vit.

Nietzsche écrivait : « La philosophie existe pour les sociétés en bonne santé. »

Comme on ne fait pas, aujourd’hui, de philosophie et qu’on la ridiculise sans cesse faute d’en percer les mystères, j’en conclus que notre société ne veut nullement se poser les bonnes questions. Notre monde s’effondre littéralement et l’on s’obstine à prendre les problèmes à la pièce ; fort probablement parce qu’on se sent incapable de faire face à la réalité. Quand on songe que le Maire de Montréal est incapable d’aligner plus de cent quarante caractères pour exprimer sa « pensée », on comprend mieux le tragique de la situation.

Cela dit, même si, durant une tragédie, le sort des protagonistes est scellé, on ne doit pas en conclure qu’il n’y a rien à faire. L’erreur des politiciens modernes est de se focaliser sur les symptômes. Car ils sont incapables de prendre de la hauteur intellectuelle pour proposer une vision globale.

Le véhicule électrique est certes moins polluant sur le plan des émissions de CO2 que celui propulsé à l’aide d’énergies fossiles. Mais là s’arrête la comparaison. Dans nos sociétés basées uniquement sur la consommation comme facteur de réussite, on ne peut espérer quelque miracle qui nous sauverait de l’Apocalypse. Et pourtant. Le vingt-et-unième siècle m’apparaît viscéralement sectaire, c’est-à-dire que le communautarisme effréné et apeuré braque les lobbys les uns contre les autres sans pour autant les inciter à débattre des vrais enjeux de notre époque. Ces derniers se confinent dans des conversations de corridor – les fameux réseaux sociaux – et se congratulent mutuellement quand ils réussissent à faire avancer leur agenda

On s’évertue donc à prouver que l’homme est néfaste à son environnement. Et derrière toutes les thèses environnementales se dessine une haine du vivant. L’empreinte écologique fait dorénavant partie de l’enquête ; et qui dit enquête dit crime.

Que l’on possède une voiture électrique ou propulsée par une énergie fossile, nous sommes malheureusement sur la même galère. Nous sommes prisonniers des choix que nous avons faits depuis cent ans. Plutôt que nous accuser mutuellement de tous les malheurs du monde, nous devrions penser ensemble une société saine et vertueuse.

Mais, quelle hérésie est-ce là! Une société vertueuse? Le rêve de Dieu? Comme on l’a liquidé au profit d’un matérialisme arrogant et primitif, on n’essayera pas de le ressusciter. De plus, ce serait très mal interpréter les passions humaines!

L’électrification des transports semble être un élément promotionnel pour imbéciles institutionnels. Comment éviter les déplacements fréquents et quotidiens de millions d’individus dans une société basé sur la fluidité[4]? On vante constamment la fameuse mobilité de la main d’œuvre pour précariser les individus. Toute notre société est basée sur le mouvement – ou plutôt la dispersion. On fait facilement cent kilomètres par jour afin de se rendre à son travail. Et on ne fera pas référence aux denrées que nous consommons afin de simplifier l’énoncé du problème.

Qu’on augmente le nombre de véhicules électriques ne changera pas foncièrement notre matérialisme. Quand on pense que le temps long est absent de l’équation, on ne s’étonnera pas de constater que les décisions prises à la hâte politicienne ne donnent jamais les résultats escomptés.

Il faudra au bas mot cent ans et probablement un effondrement de notre civilisation – avec toutes les souffrances que cette tragédie engendrera – pour adopter de nouveaux paradigmes. Entretemps, on peut bien choisir un véhicule électrique pour se donner bonne conscience ; mais si on effectue quelques recherches par jour sur Internet afin d’éviter de réfléchir par soi-même, ce qui m’apparaît être devenu un luxe de nos jours, on ne changera pas en profondeur notre mode de vie et on ne nettoiera pas notre environnement. D’ailleurs, faut-il se sentir sale pour penser à l’assainissement?

Dans le prochain chapitre de cette réflexion, j’aborderai le concept de croyance qui sous-tend les sophismes liés à la voiture électrique.

[1] Accorder une valeur à toute chose, tel est le but ultime du capitalisme qui cherche à mesurer ce qui le dépasse, étant incapable d’affronter la réalité. Quantifier le monde, c’est le réduire à sa valeur matérielle ; c’est harnacher le rêve, et le facturer!

[2] André Meloche, Le partage de la connaissance, 2014, note 4, page 8.

[3] Herbert Marcuse, Culture et société, Traduction de Gérard Billy, Daniel Bresson et Jean-Baptiste Grasset, Paris, Éditions de Minuit, 1970, page 291.

[4] Ce concept de fluidité dissimule bien son intention : liquider ceux qui s’opposent au diktat organisé (au sens de crime). On a bien « connu » les totalitarismes du vingtième siècle. Penser qu’ils ont été liquidés par l’Histoire est une erreur infantile en voie de se systématiser.

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