La voiture électrique, un hochet pour les simples d’esprit – Conclusion

“Covenants, without the sword, are but words, and of no strength to secure a man at all. The bonds of words are too weak to bridle man’s ambition, avarice, anger, and other passions, without the fear of some coercive power.”[1]

Sans raison, il n’existe point d’humanité. À cela, on doit ajouter quelque forme de coercition pour rendre la bête présentable. Comment convaincre sans contraindre? Est-il possible encore aujourd’hui d’entraîner l’homme à épouser un mode de vie différent de celui auquel il est si viscéralement attaché? Répondre à cette question constituera le défi du vingt-et-unième siècle ; si l’humanité y survit, bien évidemment.

La tendance actuelle est double. D’un côté, nous avons les fanatiques du matérialisme qui prônent une technologie débridée et castratrice. On mélange les genres pour mieux endiguer les esprits. De l’autre se retrouvent les déshérités de la Terre, ceux qui refusent le « progrès » basé sur l’hypertrophie de la prédation.

La promotion de la voiture électrique n’est pas le nœud du problème. C’est la réclame elle-même qui est criminelle. Elle porte en elle un nihilisme avéré. La publicité imite la masse pour mieux l’annihiler. Elle est l’élément intrinsèque d’une violence semblable à celle que l’on rencontre dans le monde animal. Et même là, cette prédation n’a aucun fondement intellectuel.

On peut toujours vendre une idée qui n’est pas populaire en prétextant sa nécessité. Cette vulgarité illustre la faiblesse du prédateur. Non seulement celui-ci s’appuie sur un appareil – en l’occurrence, celui de l’État – lui permettant de court-circuiter le langage, d’où l’extrême arrogance de celui qui détient le pouvoir, mais il s’aveugle lui-même en se laissant entraîner dans le sillage de son ignorance.

À quoi sert une voiture? À cette question, plusieurs réponses sont possibles. Je ne les énumérerai pas. Je me contenterai de dire que le symbole que représente l’automobile est aussi ancien que le rêve de dépassement du paysan se jetant dans le fossé à l’approche de la voiture d’un seigneur.

Chacun, à l’aide d’une automobile, a acquis une indépendance – illusoire, certes, mais tout de même effective la plupart du temps – imbattable permettant de s’affranchir de la lenteur de la motricité humaine. Et pourtant, dans les grandes villes, on se déplace plus facilement à pied qu’en voiture.

J’ai passé quinze ans sans voiture à Montréal et je ne me suis jamais senti aussi libre qu’à ce moment. Qu’est-ce qu’une voiture électrique m’aurait apporté de plus?

Jacques Ferron se désolait, dans ses Contes, du caractère rectiligne des routes québécoises qui prohibe la flânerie et l’errance du vagabond. On ne peut y marcher sans crainte. La vitesse a supplanté la lenteur de la vie et l’objectif ne peut plus être différé. Marcher est devenu un luxe que plus personne ne veut s’offrir. Comme les distances ont été réduites à néant, on n’est plus en mesure de prendre son temps, de prendre la route pour nulle part, de partir sans but.

La voiture électrique participe de ce nihilisme contemporain. On opte pour une voiture électrique sans jamais s’interroger sur le bruit que l’on emporte avec soi – téléphone mobile, muzak, etc. – ou que l’on porte sur soi comme un vêtement poisseux dont on ne se débarrassera jamais. Notre conscience est remplie d’une cacophonie moderne qui nous sert d’existence.

Prendre une voiture comme on donne son opinion. Ainsi, tous défendront chèrement leur droit à la différence. Malheureusement, cette différence est bien loin d’être courante. La plupart des gens choisiront une voiture électrique sans se douter qu’ils font l’objet d’une savante stratégie de contrôle. D’autres s’opposeront farouchement à toute forme de coercition et affirmeront leur indépendance indéfectible envers les énergies fossiles. Pourtant, tous choisiront pour les mauvaises raisons.

Car opposer les véhicules électriques aux voitures pourvues de moteur à combustion sert le même agenda. On ne cherche pas à sauver la planète mais à orienter les désirs. Qu’un instrument devienne le symbole par excellence de la virilité, qu’il serve à instaurer un statut social, qu’on en promulgue incessamment les mérites et les attributs, et l’on s’apercevra que la voiture électrique est le produit tout désigné pour assurer le relais de la dépendance humaine vis-à-vis sa condition matérielle.

Tout comme l’avion, la voiture est un produit du vingtième siècle. Afin de leur permettre de traverser le temps, on adapte ceux-ci (l’avion, la voiture) aux modes actuelles. Mais ces deux inventions n’en demeurent pas moins des éléments d’un temps révolu. Si vraiment on voulait penser le monde de demain, on ne le ferait pas à l’aide de paradigmes éculés. On chercherait à redonner à l’homme sa place au centre de la création.

Mais comme on a évacué tout l’aspect spirituel de l’individu, on s’acharne à proposer aux masses une alternative primitive qu’elles acceptent sans s’interroger sur la finalité de celle-ci. La voiture électrique, à terme, remplacera certainement la voiture propulsée par un moteur à essence. Elle n’en demeurera pas moins un outil primitif adapté au goût du jour et au contexte marchand de l’époque. Chacun aura donc sa voiture électrique sans jamais remettre en question sa dépendance à un matérialisme qui, sous des airs libérateurs, asservit plus qu’il n’affranchit…

Du point de vue économique, on procédera comme on l’a toujours fait. On pénalisera les plus démunis ou ceux qui ne pourront pas modifier leur comportement assez rapidement. À l’ère de la pensée instantanée, la réflexion est toujours criminelle ; parce qu’elle requiert la lenteur. Promouvoir la voiture électrique sans jamais réfléchir à ce que pourrait être une vie sans déplacements répétitifs et abrutissants autant pour l’esprit que le corps, c’est répéter les mêmes gestes appris au vingtième siècle, à l’aide d’une technologie différente certes, mais toujours sans intelligence.

Rouler électrique? Ou se faire rouler? Telle est la question…

[1] Thomas Hobbes, Leviathan or The Matter, Forme and Power of a Common Wealth Ecclesiasticall and Civil.

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