Préciosité et politique contemporaine

Je m’amuse toujours de la réaction des Philistins de la Pensée lorsqu’ils s’offusquent des mots que j’utilise pour décrire la réalité concrète. Une « connaissance »[1], à qui j’avouais connaître la raison pour laquelle les immigrants adorent le Québec, notamment pour son « ouverture d’esprit » – comprendre ici, son ignorance généralisée – et sa grande tolérance – la crasse niaiserie de son indigence intellectuelle comparable à celle d’un enfant de quatre ans –, fut outrée de mes propos. Et pourtant, mon allusion ne servait que de ballon d’essai afin de voir d’où venait le vent de l’opinion courante. Cette tactique fonctionne à tous les coups, les gens étant rarement capables d’assumer leur propre discours qui ressemble plus à un slogan de campagne électorale qu’à une profonde croyance envers les mots qu’ils utilisent.

Ainsi, ils se laissent aisément catégoriser pour éviter d’affronter la réalité concrète. Autant de postures grotesques, de la part de marionnettes politiques articulées par des forces occultes, ne sauraient rassurer le lecteur avisé. Aujourd’hui, on calque le voisin qui s’inspire du sien. Ainsi, on a vite fait le tour du Village Global qui nous promet une paix durable et un bonheur éternel sans jamais livrer la marchandise ; aux pays des infantilisés, rien n’est interdit, même le fantasme de l’adolescent en rut!

Sauf que voilà, nous avons été témoins, tout récemment, d’un exemple inestimable de « préciosité politicienne ». On a encore une fois voulu museler le langage et le remplacer – le grand remplacement ne touche pas que les peuples « fondateurs », il s’en prend également aux mots – par des expressions politiquement correctes. Mais le politique est tout sauf correct!

Quand la masse s’intéresse aux frasques intimes des politiciens plutôt qu’à la vacuité intellectuelle de leur discours afin d’en reconnaître l’arnaque, on a du souci à se faire. Les mots utilisés par les représentants de commerce du peuple ne possèdent aucune réalité concrète ; c’est connu. Leurs auteurs peuvent donc, à tout moment, dire tout et son contraire. L’adolescent efféminé, actuellement au pouvoir dans la colonie anglaise qui nous tient lieu de pays, sur papier du moins, celui-là même qui ne cesse de se prendre les pieds dans le tapis d’expressions vidées de leur effectivité réelle (l’excision est un acte inacceptable), sera le premier à se faire empaler – politiquement, précisons-le – sur le pieu du vivre ensemble en garderie!

On prohibe les mots crus[2] qui choquent l’oreille des effarouchés de la rate[3] parce qu’ils expriment la réalité concrète et on les remplace par des expressions idiotes et primitives – afin de faire de la publicité pour Les Nouvelles Précieuses ridicules –, noyant ainsi le poisson mort et enfumant le prolétaire récalcitrant mais ignorant des codes branchés. Toutes ces stupidités prouvent bien que nous sommes gouvernés par des ânes qui mangent à tous les râteliers ; et que les sujets de l’État sont devenus, au fil de la dégénérescence perverse dans laquelle sombrent inexorablement les pays occidentaux, de purs objets de consommation jetables, remplaçables.

Que le manant s’interdise certains mots qu’il ne saurait comprendre voire utiliser, à cause de sa crasse ignorance de la langue comme vecteur de la pensée, son vocabulaire ne dépassant pas la plupart du temps trente mots dont plusieurs sont consacrés au blasphème, cela va de soi. N’est pas écrivain qui veut.

De plus, on se vante de parler plusieurs langues[4] dans le plus-meilleur-pays-du-monde. Quelqu’un qui prétend parler[5] cinq langues comportant un vocabulaire de trente mots cumule donc un total de cent cinquante mots ; ce qui correspond au branché acéphale qui s’imagine intelligent – pure réalité virtuelle interruptible en tout temps – parce qu’il peut demander un « café latté » chez Starbucks[6] dans plusieurs langues! L’arabesque linguistique s’arrête là…

Est-ce à dire que nous sommes des êtres supérieurs parce que nous savons dire bonjour en plusieurs langues? Avons-nous affaire à de purs génies qui sauveront le monde en bannissant les mots qui choquent, et ça, dans toutes les langues imaginables? Autant prôner le mutisme et promouvoir le jeunisme expérimental! Passé quatorze ans[7] d’âge mental, point de salut!

Réformer le langage (le vocabulaire, la grammaire, la syntaxe, etc.) et le ramener à sa plus simple expression, l’éructation ou le borborygme, c’est étaler son ignorance sur la place publique. Plutôt qu’entrer dans la complexité de la langue et y découvrir un monde vaste et inimaginable qui nous ouvre des horizons insoupçonnés, on préfère réduire son existence à son petit vocabulaire narcissique d’à peu près trente mots! À cela, je préfère la recherche enfiévrée mais rigoureuse du sens plurivoque des mots ; de tous les mots du vocabulaire! On ne saurait empêcher l’écrivain de puiser dans le terreau fertile de la langue[8] pour exprimer des nuances que les imbéciles ne percevront jamais. À croire qu’on nous demandera bientôt d’aboyer, histoire de ne pas créer de discrimination!

Mais comme il est impossible d’infléchir la courbe temporelle de l’Histoire afin d’accélérer la prise de conscience qui nous ferait prendre de la hauteur, il faut se résigner à parler de façon rudimentaire afin de ne pas se prendre un coup de massue dans la gueule. Au Québec, la guerre linguistique devient virulente tout simplement parce que cette province incarne un concept que personne ne veut reconnaître pour ce qu’il est : Une cacophonie créée par le politique à l’aide d’une préciosité[9] infantile.

Nous redéfinissons constamment les mots, leur attribuons de multiples sens et nous revisitons sans cesse leur histoire. Mais aujourd’hui, dans notre fameux monde juvénile et contemporain, certains adolescents boudeurs et recalés ne cessent de leur assigner une valeur actuarielle ; les mots sont tout bonnement cotés en bourse et l’on peut spéculer, notamment sur les réseaux sociaux, sur leur degré de popularité. Eh oui! Les mots ont beaucoup d’« Amis Facecrook »! Mais ils ont également beaucoup d’ennemis, les analphabètes de la pensée.

Le mot excision, par exemple, devient un acte inacceptable et ne fait pas référence à quelque forme de mutilation que ce soit. Et pourtant, l’excision n’est pas un geste inacceptable quand « il s’agit d’un acte de chirurgie ayant pour but l’ablation d’une partie peu volumineuse de l’anatomie. » Alors, tout dépend de la partie de l’anatomie visée.

Plutôt que dire « l’excision du clitoris d’une fillette est une pratique cruelle et barbare que ne justifie aucune coutume ou tradition », on préfère susurrer à l’oreille de futurs électeurs quelque peu susceptibles une « formule de com » – pour les cons – savamment étudiée et mise en marché. Tout passe par le filtre – l’élément de censure des sociétés totalitaires – des agences de communication. On ne saurait parler franchement et nommer les choses par leur nom de peur de se faire lyncher sur la place publique. Les guillotines ont certes disparu du paysage ; mais elles ont été remplacées par Tweeter et Facebook. Où se trouve la différence, selon vous? Imaginez Marie-Antoinette avec un compte Facebook! Quelqu’un s’offusquant de la fameuse réplique « s’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche! »[10] pourrait rapidement s’empresser de bloquer son compte alors qu’elle n’a jamais été l’auteure du tweet en question.

Pensons-y bien. Tout aujourd’hui, peut constituer un « acte inacceptable » dès lors qu’on glisse de plus en plus vers une société policée qui, soit ignore les doléances légitimes d’une réflexion basée sur le sens critique, soit condamne sans acte d’accusation celui qui pense différemment de la masse.

Et pourtant, les gens en redemandent! Afin de se voiler la face – comme le font les enfants lorsqu’ils sont apeurés – devant la réalité barbare que l’on dissimule sous un niqab, les politiciens de l’heure édulcorent et castrent le langage pour séduire une partie de leur électorat. Ainsi, on adoucit le discours et les mots utilisés afin de ne pas choquer les interlocuteurs auxquels on s’adresse. On peut donc adapter son discours – qui n’est devenu qu’une vulgaire performance châtrée de sa valeur concrète, effective – en fonction de l’auditoire auquel on s’adresse, l’enjeu étant de rassembler des publics relativement homogènes afin d’éviter des conflits. Mais, dans le cas d’une pratique barbare de mutilation du centre de plaisir de la femme, l’agression physique n’en est pas moins réelle. Afin de pouvoir s’arracher à un matérialisme sectaire, fanatique et tribal[11], il faut nécessairement avoir été en contact avec les grandes œuvres littéraires[12], ce qui n’est pas, avouons-le, à la portée de tous les esprits. N’est pas Münchhausen qui veut!

Qu’est-ce que la barbarie?

BARBARIE. n. f. Cruauté, inhumanité. Il voulut adoucir, dompter la barbarie de ces peuples. Ils exercèrent leur barbarie sur les vaincus. Il se dit également d’un acte barbare. Commettre une barbarie. Tant de barbaries l’avaient rendu la terreur de ses sujets. Il signifie aussi manque de civilisation, ignorance des arts, des lettres et des sciences chez un peuple. L’état de barbarie. Les siècles de barbarie. La barbarie était grande en ce temps-là. Les ténèbres de la barbarie. Un peuple qui sort à peine de la barbarie. Vivre dans un temps de barbarie. Être plongé dans la barbarie. Barbarie de langage, de style, se dit des façons de parler grossières et impropres.[13]

Retenons la dernière partie de la définition portant sur le langage. Depuis plus de trente ans, nous parlons de façon grossière – le tutoiement au Québec, que l’on considère à tort comme synonyme d’ouverture et de proximité, représente plutôt un manque évident de culture et de respect de l’autre, assimilant familiarité et vulgarité – et nous ne tolérons aucune remise en question de nos dogmes. Nous sommes convaincus que nous vivons dans Le Meilleur des Mondes et nous sommes aveuglés par notre propre obstination physiologique. Seuls les enfants peuvent se braquer de la sorte et se confiner dans une attitude de défiance devant l’autorité du langage. On ne comprend pas la subtilité d’un mot? Qu’importe! Remplaçons-le par un mot plus simple et plus adapté à notre cerveau atrophié!

Dans cette moulinette qui broie le sens plurivoque des mots pour n’en conserver qu’une valeur « communicable », négociable, tout le langage y passe. Ainsi, nous faisons la guerre tout en promulguant la paix (On vend des armes meurtrières servant à assassiner tout un peuple – le Yémen – à une monarchie sectaire et créée de toutes pièces afin de masquer les liens de vassalité que nous n’avons jamais abandonnés, malgré le rapatriement de la constitution réalisé par un démagogue que l’Histoire se chargera bien un jour de recadrer). Nous éviscérons les systèmes publics de leurs principes et de leur financement pour démontrer, de manière totalement fallacieuse, leur inefficacité. Nous détruisons des vies et des structures – sociales, familiales, institutionnelles, etc. – pour les remplacer par un vide juridique qui dénude les individus les plus vulnérables. Nous refusons d’admettre que la violence est la caractéristique fondamentale – voire fondamentaliste[14] – de nos sociétés et nous l’instrumentalisons à des fins électoralistes. C’est de la pure manigance et une arnaque pathologiquement assumée.

L’éviscération de la pensée est la norme du Village Global, pure Ville Bénie par les dieux décérébrés que représentent les politiciens corrompus, les vedettes dégénérées et les richissimes parasites :

« J’étais tout jeune quand j’appris que dans une certaine ville tout le monde vivait selon l’Écriture. […] Mais voici que ses habitants étaient tous borgnes et manchots. Saisi d’étonnement, je me dis : “Faut-il donc être borgne et manchot pour être citoyen de cette Ville Bénie?” Puis, je vis qu’ils étaient eux aussi très étonnés de voir que j’avais deux mains et deux yeux. […] Ils m’emmenèrent au Temple situé au milieu de la ville. Et dans le Temple, je vis un amoncellement d’yeux et de mains. Tous flétris. Alors, je leur dis : “Hélas! Quel agresseur put commettre contre vous une telle cruauté?” Et un chuchotement se fit parmi eux. Et l’un de leurs aînés s’approcha de moi et dit : “C’est nous qui avons agi ainsi de plein gré. Dieu nous a aidés à vaincre le mal qui était en nous.” Et il me conduisit à un autel élevé, et tout le peuple nous suivait. Et il montra une inscription gravée au-dessus de l’autel, et je lis : “Si ton œil droit te scandalise, arrache-le et jette-le loin de toi ; car, mieux vaut pour toi perdre un seul de tes membres que de voir tout ton corps jeté dans la géhenne. Et si ta main te scandalise, coupe-la et jette-la loin de toi ; car, mieux vaut pour toi perdre un seul de tes membres que de voir tout ton corps jeté dans la géhenne.” À ce moment-là, je compris. Je me retournai vers tout le peuple et je criai : “N’y a-t-il pas parmi vous un homme ou une femme qui ait deux yeux ou deux mains?” Et ils répondirent en me disant : “Non, pas un. Il n’y a que ceux qui sont trop jeunes encore pour lire l’Écriture et comprendre ses commandements.” Et quand nous sortîmes du Temple, je m’empressai de quitter cette Ville Bénie ; car je n’étais plus très jeune et je pouvais lire l’Écriture. »

Khalil Gibran, Le Fou

Qui donc est responsable de cette reconfiguration, de ce reformatage du langage afin qu’il corresponde aux hérésies contemporaines que l’on ne cesse de promouvoir pour nous soupçonner? La présence monstrueuse des technologies dans nos vies nous laisse croire que celles-ci s’améliorent. Certes, pour une infime partie de la population, le « progrès »[15] est réel. Mais pour la masse des déshérités qui constitue plus de quatre-vingt-dix-huit pourcents de la population mondiale, ce progrès est virtuel, fantasmé et inexistant.

Le politicien moyen – désolé pour ce pléonasme – sait bien qu’il ne saurait s’élever au-dessus de sa médiocrité sans mentir. C’est d’ailleurs une caractéristique cardinale chez lui. Entendre dire que nous avons les politiciens que nous méritons devient donc une croyance profondément ancrée dans nos consciences afin de nous empêcher de changer de comportements. Ce sont plutôt les politiciens qui ont la société qu’ils méritent!

Le politique est nécessaire. Mais quand il se vassalise, il devient corrosif et nocif. On doit donc l’éradiquer ou le purger de ses éléments corrompus. Mais le monde est basé sur le crime! Comment en sortir sans détruire tout l’édifice? Cela signifie-t-il que nous devons renverser les institutions qui ont prouvé leur utilité pour y arriver? Certainement pas!

J’aime bien utiliser l’exemple des Boers. Quand les Anglais débarquèrent en Afrique du Sud, les habitants quittèrent leurs terres, ayant été spoliés de leurs droits, et partirent s’établir ailleurs. Devons-nous faire place aux étrangers et accepter leurs coutumes barbares?

On arguera que les Boers étaient esclavagistes pour discréditer l’argumentation et détourner l’attention de l’enjeu principal. On traite facilement de raciste – ou de fasciste, variante à la mode – celui qui pose une question gênante. Quand on pense que les serfs russes étaient souvent mieux traités à cause du lien qui les unissait à leurs maîtres[16], on peut s’interroger sur la moralité douteuse de l’hyperclasse dominante actuelle qui pousse au désespoir des millions d’individus afin de réaliser leur agenda politique et carriériste ; après moi le déluge…

L’esclave, c’est celui qui n’est pas en mesure d’exprimer le fond de sa pensée. On peut certes dire que nous sombrons lentement dans l’esclavagisme du vingt-et-unième siècle qui consiste à taire notre colère et notre désespoir face à un monde décapité de son humanité. Entre le sectarisme technologique des gurus de la mondialisation et la barbarie des tribus fondamentalistes – autant de groupes communautaristes, d’organismes non gouvernementaux et de lobbys – prônant une dévotion inquisitoire envers des pratiques déshumanisantes, nous sommes piégés. Et ce ne sont pas les cabrioles linguistiques d’un cancre préfabriqué qui nous sortiront de ce pétrin.

Il y a quelques années, la charia a failli être implantée en Ontario. Récemment, la Première Ministre[17] de l’Ontario, gouine affirmée et castratrice, a menacé de promulguer une loi interdisant la promotion de valeurs contraires à la bien-pensance. Ainsi, on retirerait la garde des enfants à des parents opposés aux soi-disant avancées sociales actuelles (mariage pour tous, gestation pour autrui pour les homosexuels, etc.). Un doute persiste donc quant à la dictature des minorités qui voit celles-ci, après avoir attendu tant d’années pour accéder au pouvoir, en profiter pour prendre une revanche éclatante – rose, rouge, orange, jaune, vert, turquoise, bleu, violet…

Autant le dire tout de suite, il ne fait pas bon être traditionnaliste dans cette Province Bénie! Évidemment, quand la tradition comporte des actes inacceptables comme l’excision du clitoris comme centre de plaisir chez la femme, il faut utiliser un certain « doigté » envers les communautés visées par une telle « affirmation » afin de ne pas se chopper une fatwa!

On doit donc faire preuve de tolérance voire de mansuétude. À quand des lois parallèles comme la charia islamique afin de permettre aux sectaires qui s’amènent en « Terre désacralisée » – ou profanée, selon le degré d’iconoclastie dont on fait preuve – de se juger entre eux? Et pourquoi ne pas lapider au passage quelque mécréant qui oserait s’aventurer sur cette Nouvelle Terre Sainte, tout comme le font les autochtones lorsqu’un « Blanc » ose s’aventurer en terrain « barbare », au cœur d’une « réserve indienne »[18]?

La Province de Québec possède trente-et-une réserves indiennes et un village gai! Pourquoi n’aurions-nous pas quelques territoires islamiques? Après tout, le désir inassouvissable de l’élite autoproclamée pour l’asservissement constitue le meilleur gage de vassalité ; et depuis peu s’est ajouté un cimetière musulman. Mais comment réagiraient les propriétaires de celui-ci s’il fallait un jour les exproprier pour faire place à un développement quelconque, comme ce fut le cas pour les autochtones qui virent leurs terres ancestrales inondées et remplacées par les grands ouvrages hydroélectriques que l’on connaît? Nos dirigeants politiques feraient-ils l’objet d’une fatwa? Quand assisterons-nous à une confrontation – en direct sur YouTube – entre un djihadiste « encagoulé » et un policier de la Sûreté du Québec? Nous avons eu la Crise d’Oka ; aurons-nous droit à la Crise du Mécréant?

Car les doubles standards existent déjà au Canada. Ce ne serait donc pas une première mais l’aboutissement d’une longue tradition anglo-saxonne consistant à faire croire au vassal qu’il est l’égal du maître. Ne nous y trompons pas. Les immigrants du Canada apprendront bien un jour ce qu’est un « colonisé ». Car on les incite à immigrer dans ce pays qui ne cesse de ponctionner ses citoyens pour abaisser le niveau de vie et ainsi réguler les populations autochtones[19]. Réussiront-ils à s’adapter à notre mode de vie qui consiste à marcher en courbant le dos?

[1] On ne connaît jamais vraiment une personne. On ne peut donc la réduire à un concept sans convoquer la violence pour le faire. Omettre l’irréductibilité de l’autre, c’est accepter de facto qu’on peut s’affranchir de tout, même de sa propre humanité.

[2] On peut lire Sade pour s’initier à la force du langage! Mais les moralistes du nouveau siècle oseront-ils se frotter au Marquis, ou ne tenteront-ils pas plutôt de le châtrer en réécrivant L’histoire de Juliette? Encore faudrait-il qu’ils possèdent quelque talent intellectuel, ce qui n’est absolument pas garanti…

[3] Ceux qui rient d’une manière pincée. De fait, ils ne rient pas ; ils ricanent! Car le rire bergsonien, celui qui libère l’âme, leur est inaccessible, à cause de leur absence totale d’humanité.

[4] Le Canada est certes le pays par excellence du vingt-et-unième siècle! C’est le pays de deux langues secondes ; le plurilinguisme n’étant qu’une imbécillité patentée – fabriquée de toutes pièces.

[5] On ne le sait que trop bien! Ils se prétendent polyglottes ; mais dès qu’on les entraîne un tant soit peu dans les méandres de la langue de Dostoïevski, ou dans le ballet linguistique de Proust, ils disparaissent très rapidement de notre rétroviseur! Autant le dire, être polyglotte ne rend pas plus intelligent mais simplement plus opportuniste…

[6] Le nom Starbucks est en lui-même une parodie de la réalité ; l’argent-roi, ou le triomphe de l’aplatissement de la réflexion intellectuelle que l’on remplace par une application pour idiots patentés. L’art de la procuration consiste aujourd’hui à convaincre des idiots utiles, et ils pullulent à notre époque, qu’ils participent aux décisions importantes de notre monde en éructant quelques cent quarante caractères – et ne parlons surtout pas des mots du vocabulaire – sur les réseaux sociaux!

[7] La grande majorité des individus ne dépasse pas ce stade. Et encore, certains n’y arrivent même pas et souhaitent rester jeunes! Encore faut-il qu’ils puissent l’exprimer clairement, ce qui est loin d’être le cas au Québec.

[8] Ils peuvent bien se faire enfiler, les gendarmes de la pensée! Si le langage et son histoire m’offrent des mots comme nègre, pédéraste, gouine, arabe, politicaillerie, vandale, oxymore, excision, barbarie, et j’en passe, pour ouvrir l’horizon littéraire d’une réalité qui ne dévoile jamais son vrai visage de peur d’horrifier la vierge offensée, « transgenre » psychologiquement dérangé(e), je ne m’en priverai certainement pas. Qu’on ose m’enfermer si je mens! Mais on ne contraindra jamais les mots qui, eux, sont libres de traverser tous les esprits éclairés ainsi que toutes les époques obscurantistes, comme l’est la nôtre! Et ce ne sont pas les technomanes milliardaires qui annuleront la force du langage, étant eux-mêmes analphabètes!

[9] PRÉCIOSITÉ. n. f. Affectation dans les manières et dans le langage. En termes de Beaux-Arts, il signifie délicatesse extrême. Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition.

[10] Tous les historiens s’accordent pour dire que Marie-Antoinette n’a jamais prononcé cette phrase. Les « fausses nouvelles » ne sont donc pas un phénomène récent, comme on voudrait bien nous le faire croire.

[11] Il y aurait beaucoup à dire sur l’aspect tribal de la police de la pensée ou des lobbys communautaristes. Je me contenterai de dire que ces sectes représentent, tout comme les groupuscules des réseaux sociaux, la manifestation parfaite d’une dégénérescence intellectuelle avouée et assumée, bref, l’abdication de tout sens critique ou de tout contrôle des passions ; un monde barbare, n’en déplaise à l’adolescent jovialiste qui nous « représente » au Parlement.

[12] Ma fille, qui me reproche souvent de devoir recourir à un dictionnaire pour lire mes textes, fut très surprise d’apprendre que je devais en faire autant pour lire Borges, Ibsen, Proust et tant d’autres. Non pas que je me compare à ces auteurs ; plutôt, j’utilise – ou je tente de le faire – toute la puissance effective du langage, des mots et de leur sens plurivoque en fonction de l’époque et du contexte de leur apparition pour exprimer une idée. Ceux qui se contentent de trente mots de vocabulaire et d’un sens figé dicté par une élite autoproclamée dont la rectitude politique est comparable à une excision intellectuelle se condamnent eux-mêmes à une vie dépourvue de doutes féconds comme de découvertes formidables. Avec Internet, aujourd’hui, il n’existe plus aucune excuse de ne pas utiliser un dictionnaire ; ou encore de compter sur l’immense puissance de la Toile pour découvrir le sens plurivoque et certes décontenançant d’un mot.

[13] Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition.

[14] Fondamentalisme : (Religion) Doctrine suivie par certains théologiens prônant le retour aux fondements de la foi religieuse en s’inspirant du sens littéral des Écritures.

[15] Progresser en écrasant les autres est un acte barbare que personne n’ose plus nommer, de peur de se retrouver assis au banc des accusés. Mais comment vivre dans une société qui peut, à tout moment, vous lyncher à l’aide d’un procès d’intention que la masse s’empressera de médiatiser? Nous n’avons plus besoin de commettre un délit pour être soupçonné. C’est notre condition première ; à nous de nous en accommoder en attendant la prochaine exécution.

[16] Lire Portrait d’un colonisé, d’Albert Memmi, a accentué chez moi le sentiment que la relation entre le « Maître » et l’« esclave » est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord et que la posture classique politique consistant à « libérer » un peuple de son oppresseur ne sert bien que l’opportuniste qui n’attend qu’un signe pour occuper le siège vide du tyran.

[17] J’utilise les majuscules afin de respecter la fonction ministérielle, non pas la débile qui l’occupe.

[18] Selon le discours courant, il n’existe aucune différence entre la « réserve indienne » et le « parc national ». Ceux qui y sont confinés le sont pour « protéger » leur statut, pour assurer la survie de leur « espèce ». On les considère donc bien comme des espèces menacées que l’on doit protéger contre les prédateurs contemporains. Mais quels sont ces dangers qui les menacent? Ne doit-on pas enfermer leurs soi-disant « prédateurs » et laisser libres les autres? Avons-nous inversé le sens des mots pour emprisonner les innocents afin de soi-disant les « protéger » et ainsi permettre aux criminels assumés de circuler librement? Ceux-ci finiront-ils, à terme, par se dévorer entre eux? Rien n’est moins sûr! Car le nombre de prédateurs est bien faible en comparaison de celui des brebis égarées

[19] L’extermination des autochtones (ce qui est issu du lieu même où il se manifeste, par opposition à un phénomène d’origine étrangère) est en marche. Il n’existera plus bientôt aucune population née sur un territoire. On ne mentionnera plus le lieu de naissance comme lieu d’origine afin d’identifier un « individu » mais on fera plutôt référence à un procédé de fabrication mondialisé dont les différentes étapes seront décentralisées ; les bras seront fabriqués en Chine, les jambes en Afrique, le cerveau aux Etats-Unis, le cœur en Suède, les organes génitaux en Indonésie, etc. L’individu se verra donc apposer l’étiquette Made in The Global Village.

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