Nous sommes tous des immigrants – sans moi!

Puisque vous le méritez bien!

Parler de l’actualité est répugnant voire ennuyant. Certes, ce bavardage incessant que l’on retrouve partout afin de masquer l’indigence de la pensée est excessivement affligeant pour qui cherche – en lui-même d’abord, à l’aide d’une rigueur et d’une honnêteté intellectuelles ensuite – la vérité crue dépourvue de favoritisme. Et il existe toujours un moyen de se soustraire à cette lobotomie médiatique pour peu que l’on soit capable de se débrancher – au sens clinique[1] du terme – de ses asservissements ; la caverne où se terre l’ermite pour s’arracher à un monde acéphale n’est certes pas une solution permanente. Elle n’en est pas moins nécessaire afin de penser rationnellement la stratégie à adopter. Mais la caverne fait aujourd’hui l’objet d’une invasion systémique : celle de l’immigrant économique.

C’est ainsi que, à réfléchir aux mouvements de masse qui, comme des plaques tectoniques, font s’entrechoquer entre eux les hommes, on constate que le phénomène migratoire contemporain porte en lui les gênes d’une nouvelle civilisation : celle de l’agonie du capitalisme prédateur cédant sa place à une automatisation des génocides.

Dans sa phase ultime, le néolibéralisme comme mode de pensée et d’action basé sur la concentration du pouvoir cherche à disperser les individus, à les détourner de leur essence. Ainsi, on redéfinit le langage en assignant aux mots une valeur actuarielle : l’immigration est une chance – économique[2].

Quand toute une communauté[3] cherche à « migrer » ailleurs, on doit s’interroger sur les sources de cette lame de fond qui balaie tout sur son passage. Parce que ce mouvement de masse présuppose un appauvrissement de la pensée. Le phénomène est connu ; une panique généralisée réduit à néant l’aspect rationnel de l’homme. On n’arrête pas une foule. Elle écrase tout.

J’ai longtemps erré parmi cette foule, me demandant si un havre existait véritablement hors de cette masse enthousiaste qui annihile toute réflexion périphérique sérieuse. J’en suis venu à la conclusion qu’il n’y a aucune issue possible. Nous devons affronter le déclin de notre monde.

On fait donc croire au magma humain qu’il migre de plein gré pour découvrir un monde meilleur alors qu’il fait l’objet d’une cruelle prédation assumée. Comment alors se surprendre de cette violence perpétuelle qui hante nos sociétés et force les gens à fuir une condition meurtrière? Les migrants ne cherchent pas à trouver un monde meilleur. Ils fuient une horreur que nous tolérons – ou que nous avons volontairement ou implicitement créée – en nous fermant les yeux. Que le Canada vende des armes à un pays comme l’Arabie Saoudite en prétextant le faire afin d’assurer le bien-être et la sécurité des Canadiens relève d’un crime trop monstrueux pour que quiconque s’y attarde. Le onze septembre deux mil un permet de prendre toute la mesure du crime contre l’humanité que perpétue à tous les jours voire à toutes les secondes notre « civilisation » en défendant son « mode de vie » non négociable. Nous sommes le crime contre lequel nous nous battons et qu’instrumentalisent les hommes politiques.

Pousser les individus hors de leur terre d’origine, les déraciner pour les maintenir « hors sol », sans socle solide ni assise bien ancrée, afin de mieux les contrôler en les asphyxiant ou en les assoiffant s’ils n’obtempèrent pas, est un geste criminel qui laisse supposer que la hiérarchie qui nous dirige est infestée par la corruption, gangrenée de l’intérieur. La pensée naïve actuelle[4] détruit toute interrogation rationnelle et lucide. Soit on acquiesce à cet abrutissement collectif que l’on nomme « vivre ensemble », soit on est éliminé. Il n’existe aucun entredeux, qu’une multitude de sectaires entre-soi.

La pensée moderne est dorénavant – et pour des années à venir – incapable d’envisager quelque téléologie que ce soit sans culpabiliser les individus. Les abrutis patentés[5] qui refaçonnent le monde à leur image – sans nécessairement posséder l’humilité du génie pour ce faire – réussissent à stigmatiser tous les individus en les chosifiant. Comment en sommes-nous arrivés à désubjectiver ainsi les hommes en les segmentant de la sorte? Le taylorisme et le fordisme sont certainement des pistes à suivre afin d’expliquer le phénomène de robotisation de la vie humaine.

Est-il possible d’échapper à cette instrumentalisation primitive et psychopathe? La solution serait-elle de quitter ce monde en totale déliquescence, de fuir un pays pour en rejoindre un autre? Les migrants seraient donc tous des explorateurs en puissance cherchant la Terre Promise. Dans le narcissisme systémique qui caractérise la fin d’un cycle, chacun se sent investi d’une « mission divine », même en décrétant la mort de Dieu! Mais c’est compter sans les récalcitrants qui généralement se taisent afin d’agir, c’est-à-dire qui font valoir leurs droits à l’existence et à la terre sur laquelle ils sont nés.

Nous vivons actuellement une période de déflation intellectuelle – et matérielle[6] – considérable, proportionnelle à une inflation indigente et barbare. Plus la violence augmente, plus l’intelligence recule. C’est ainsi que les simples d’esprit qui prétendent nous gouverner – à ce titre, la Nef des Fous de Jérôme Bosch peut nous éclairer sur l’hérésie qui s’est emparée du monde – se jettent dans l’abîme, nous entraînant d’autant avec eux.

J’ai déjà décrit, dans un essai antérieur[7], l’avènement du néo-féodalisme comme résurgence de la suzeraineté – la Cité-État[8] – et l’allégeance voire la soumission – si ce n’est l’esclavage – qu’elle exige de ses sujets. Quand le maire d’une grande ville cherche à outrepasser son pouvoir politique, prétendant se faire plus gros que le Chef du gouvernement « national »[9], on peut se demander si les rôles ne sont pas inversés.

Ne pouvant être Premier Ministre parce que la place est déjà occupée par un autre nigaud de service, le Maire rudimentaire de la Ville de Montréal tente de ramener le monde à son royaume – à sa psyché ; ou comment envahir un pays en se métastasant. Le cancer n’est-il pas la conquête du corps par l’intérieur?

Décréter – sans aucun pouvoir effectif – la « sanctuarisation » d’une ville illustre bien l’imbécillité de l’énoncé. La Cité-État du Moyen-Âge proclamait sa souveraineté qui s’appuyait sur une force effective, la milice, l’armée ou la chevalerie. Elle pouvait décréter des lois en vigueur sur son territoire tant et aussi longtemps qu’elle était en mesure de contrôler[10] – et surtout de défendre – ses frontières, ses remparts.

Comment qualifier la soi-disant sanctuarisation d’une ville énoncée par un bouffon qui assure le contrôle de ses frontières à l’aide de cônes oranges? Ne devrait-on pas rire de ces nabots historiquement défavorisés qui s’enflent comme des baudruches afin de nous faire croire qu’ils sont tout-puissants? On sait très bien que le nanisme entraîne certains complexes d’infériorité chez ceux qui en souffrent. De là à vouloir conquérir le monde, il n’y a qu’un petit pas.

À l’ère de la pensée en cent quarante caractères, comment réagir autrement? Écrire un texte comme celui-ci apparaît impensable voire dément dans une société analphabète…

Et pourtant, non! Car la raison a vraisemblablement quitté le monde contemporain. Mais, dira-t-on, on ne discute pas avec un fou. On l’enferme. Eh bien! Voilà ; les fous sont en majorité… et libres! Et quiconque cherchera à les faire taire, à enfermer leur discours ou à leur faire entendre raison risque fort bien de s’attirer tous les ennuis du monde, la marginalisation étant devenue, au fil des lynchages facecrookiens, une douce punition pour les cleptomanes de la pensée.

Mais, prenez garde! Se soustraire au brouhaha de la meute des bien-pensants peut vous attirer de sérieux problèmes! Mieux vaut vous taire. Et si le silence devient suspect, vous devrez incessamment babiller afin de ne pas paraître suspect aux yeux des fêlés du ciboulot. Mais est-il possible de ne pas disjoncter totalement quand on côtoie constamment des gens capables des pires bassesses?

On a tué abondamment au nom du Christ. Pourquoi ne le pourrait-on pas au nom d’une communauté (LGBTQ+-x÷[11], les « réfugiés », etc.)?

Prétendre que l’immigration est une chance devient un postulat banal – une lapalissade – dès lors que l’on sait que la dette monstrueuse mondiale prohibe toute propriété privée. Plus personne ne peut prétendre à une terre, un pays, une nation, une souveraineté, tout simplement parce que la créance est divine!

Quand Dieu est mort – ou quand on l’a assassiné –, son « avoir » a été légué aux banquiers! Ainsi, la financiarisation de la vie en finira avec le concept de propriété privée comme avec celui de la vie intime. Tout devra être étalé – comme une marchandise – sur la place publique. Plus aucune frontière n’existera. Le dedans se dissoudra dans le dehors. Les individus seront indistincts, fondus dans un tout indifférencié dont on pourra disposer sans autre état d’âme. Comme plus personne ne sera en mesure de prétendre à quelque origine que ce soit, nous en serons rendus à nous considérer comme des nomades permanents.

Qu’un Premier Ministre déclare que nous sommes tous des migrants ; que le Maire d’une ville moyenne s’élève au-dessus de la masse[12] en bafouant de manière primitive les lois d’un pays – quant à celle d’une République, on peut bien rêver! – en affirmant pouvoir s’affranchir des désidératas de la majorité, cela relève de l’affabulation la plus ignare. Quand la médiocrité dirige le monde…

Comme les saltimbanques se prennent pour des monarques, c’est le propre du Carnaval de permettre au plus imbécile de tous d’être promu Roi – ou Maire – d’un jour, il n’est pas surprenant d’assister, jour après jour, aux mêmes déclarations pompeuses de petits potentats de service qui prétendent réduire à l’atrophie de leur cerveau l’ensemble de la pensée humaine. Quand on ne peut conquérir l’autre, on le réduit au néant en le dénigrant ou en le calomniant.

[1] La déconnection n’est pas une violence ni une mort cérébrale mais plutôt un affranchissement. On ne le dira jamais assez, la pensée de la masse n’est pas une réflexion mais un consentement. Et l’effort nécessaire à l’arrachement d’un asservissement systématique n’est pas dévolu à tous. Seuls quelques loups écorchés ou quelques cerveaux éclairés peuvent s’extirper du cheptel. Laissons donc ceux qui braient en bande – autant de casseurs qui sont incapables d’agir sans violence, le seul mode opératoire dont ils ont hérité – se réconforter les uns les autres ; la pensée étant ailleurs.

[2] L’ignorance et l’arrogance politiques finiront bien un jour par irriter la populace. L’homme est un loup pour l’homme ; le refrain est connu. Mais quand le réflexe remplace la lucidité, on peut craindre le pire. Alors que l’Europe tend vers le milliard d’individus – on ne peut, raisonnablement, parler de citoyen –, que la Chine, avec son milliard et demi de pièces détachées, possède une longueur d’avance impossible à rattraper, l’Amérique fait figure de parent pauvre. Voilà un des éléments du vingt-et-unième siècle : Égaler en nombre les plus grandes puissantes économiques, quitte à écraser les individus. La folie de la grandeur humaine détruit l’homme. Certes, les révolutions sont encore possibles ; les génocides également. N’oublions pas que les Juifs ont déjà donné. À qui le tour?

[3] « Apprendre une langue étrangère est certes intéressant. Mais quand tout un peuple veut parler la langue du conquérant… », L’homme rapaillé, Gaston Miron. On ne peut en vouloir à ceux qui cherchent un monde meilleur. Mais ils seront certainement déçus. Il n’existe aucun paradis sur Terre mais plutôt une seule mondialisation. Quand l’Enfer est de tous les côtés…

[4] La jeunesse contestataire contemporaine n’est que l’élément acéphale et violent d’un pouvoir qui la manipule. Personne ne croit plus son discours pompeux et agressif qui prône la liberté et la paix tout en faisant la guerre. Le renversement est complet et typique de la fin d’une époque.

[5] Le niveau intellectuel en chute libre illustre le sectarisme des réseaux sociaux. Les groupes en présence se raidissent, se radicalisent. Nous assistons à une guerre civile mondiale dans le Village Global, fomentée par des groupes communautaires décérébrés n’étant capables d’aucune retenue. Chacun possède sa liberté ; celle de tuer ceux qui ne pensent pas comme eux.

[6] La dette mondiale est cataclysmique, les infrastructures s’effondrent littéralement, les gens s’entretuent et s’agressent constamment – physiquement ou verbalement –, les générations futures sont condamnées au chômage et à l’indigence permanente. Afin de vivre d’espoir, il faut faire face à la réalité et ne pas se contenter de quelque phantasme virtuel présenté par une technologie castratrice. Mais qui pense l’avenir les deux pieds coulés dans le ciment du présent?

[7] Le partage de la connaissance, pour une vision « concrète » de la réalité.

[8] On ne se surprendra donc pas d’entendre des maires de grandes métropoles catégoriser leur ville de « sanctuaire ».

[9] Au Canada, l’arnaque est double! Non seulement on peut chercher à dominer son homologue provincial, mais on peut également s’en prendre à son vis-à-vis fédéral. Qu’un imbécile, spécialiste de Twitter, tente de faire fléchir l’homme symboliquement le plus puissant de la planète, il y a de quoi rire. Heureusement pour lui, le Président des Etats-Unis ne s’intéresse pas aux mouches à merde.

[10] Avec le phénomène migratoire actuel, c’est tout le contraire qui se produit! Non seulement on ne contrôle rien, mais on invite le monde entier à cette kermesse monstrueuse – à crédit et socialiste – sans se soucier des lendemains qui déchantent. Le réveil sera brutal pour ceux qui n’ont jamais appris à nettoyer leurs écuries…

[11] À ce rythme, bientôt, tout l’alphabet et les mathématiques y passeront! Ce qui ressemble étrangement à une conquête ; ou plutôt, à un Coup d’État. N’avons-nous pas adopté l’alphabet arabe comme base de la langue française? Emprunter n’est pas un crime tant qu’on a la décence de citer ses sources. Encore faut-il les connaître, ce qui n’est, aujourd’hui, absolument pas garanti chez ceux qui cherchent à réinventer – ou à mélanger – les catégories. On évoque toujours le droit des générations futures. Que fait-on de celui des générations passées? On veut effacer l’Histoire? Rayer de la mémoire les horreurs passées? Ou formater les consciences pour les empêcher de douter? Allons-y ferme, donc! Mais tout ce fatras ne sera qu’un effet de mode. On pourrait également penser que l’immortalité rendra caduque le concept de générations. Et si nous ne mourrions plus? Pourquoi naîtrions-nous? Ah! Tout ce bruit pour rien. Alors que le silence nous enseigne la connaissance de l’insondable, de l’innommable ; mais qui entend le murmure humain de l’absence?

[12] Qu’il prenne garde, le nain de service! À force de vouloir s’élever au-dessus de sa propre indigence intellectuelle, son sort pourrait bien se comparer à celui que décrit Jean-Baptiste Clamence, juge-pénitent du roman d’Albert Camus, La Chute.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s