Tolérance zéro?

Les simples d’esprit se plaisent généralement à dire que nous vivons dans des sociétés tolérantes. Que la diversité[1] constitue une chance pour notre monde. Et pourtant, rien n’est plus intolérable que la contradiction. Est-ce à dire que nous ne tolérons pas l’homme, ce primate contradictoire et paradoxal?

Que l’on pense à toutes les contrariétés qui façonnent voire conditionnent notre quotidien : allergies diverses, détours routiers sans fin, opposition citoyenne ou dénonciation systématique. Toutes ces choses intolérables que le système actuel tente par tous les moyens d’éliminer semblent pourtant résister – un peu comme une super bactérie développant une résistance aux antibiotiques après avoir été littéralement exposée pendant des décennies à une contamination chronique et systématique de mensonges et de falsifications médiatiques[2] sans précédent – à l’anéantissement.

Le retour de manivelle que se prendront dans la gueule les tenants d’une émancipation sadique est imminent. Le crime a tenu le haut du pavé depuis trop longtemps. Et le scepticisme ambiant n’est pas prêt de s’amoindrir. La montée des extrêmes illustre un écœurement systémique que les benêts de service refusent de reconnaître. Que l’on pense aux nombreux communautarismes qui pullulent de nos jours et qui possèdent leur propre agenda caché et l’on s’apercevra que la cause la plus noble n’est qu’un des instruments du conditionnement.

En passer par la perte et l’expérience intérieure – décrite par Georges Bataille – nous vide de notre vacuité spirituelle. Notre matérialisme est si appauvri qu’il n’arrive plus, malgré son immense richesse libérale, à assouvir notre désespérance. Le cran d’arrêt que constitue la poésie – lorsque que l’on s’enivre dans les Paradis artificiels de Baudelaire, ou lorsque l’on tombe d’effroi dans le ravissement terrifiant des Chants de Maldoror – est terrible. Mais il constitue le salut de notre âme – ou de notre psyché.

Comme nous avons éliminé toute dissidence parce qu’elle nous était intolérable, nous nous sommes enfermés dans un cynisme sophocléen. Rappelons-nous le dernier souffle des protagonistes de Sophocle. Ces derniers, malgré une tragédie écrite à l’avance, se sont élancés vers le vide pour mieux se libérer de leurs détresses matérielles. À vaincre la Mort sans souffrance, on triomphe d’elle sans imaginaire en se condamnant à un Enfer tranquille. En ce qui me concerne, je préfère la déchirure du Temps à la quiétude de l’Éternité.

Ainsi, on peut bien effacer l’intolérable de nos vies ; le nier ou en extraire la partie mécanique. Inlassablement, il réapparaitra au détour de notre bonheur factice et réintroduira quelque dose aléatoire qui, soit nous ravira, soit nous désespérera.

N’est-il pas curieux qu’après Darwin, nous en soyons réduits à nous entretuer pour valider son hypothèse. Sommes-nous déterminés à ce point pour ne pas nous opposer à une théorie peut-être valide mais tout de même immorale? Les personnages de Sade eurent-ils raison de détruire tout ce que Dieu a créé afin de refaçonner le monde à leur image?

Tout est permis, aujourd’hui. Est-ce à dire que le crime constitue la seule loi valide? Concurrencer le crime, n’est-ce pas la vocation occulte de l’État? Les adolescents aveugles et arrogants qui nous gouvernent finiront-ils par se crever les yeux après nous avoir complètement effacés de la mémoire humaine?

L’inconséquence juvénile actuelle n’est pas sans rappeler la montée fasciste du vingtième siècle qui, à partir de son arrogante émancipation, a fait tabula rasa de la lenteur historique et cognitive. La jeunesse est certes le terreau fertile de l’humanité. Mais quand celle-ci se dérègle au point de détruire son passé et son avenir, que son sol soit contaminé, empoisonné, quand le futur est perverti, dépravé, lézardé, quand les déséquilibres hormonaux traduisent une hypertrophie matérielle, il ne faudrait pas se surprendre de voir monter en puissance la souffrance humaine. La folie d’Ajax n’est pas si loin de nous, quand on pense que les Grecs sont nos contemporains et que le temps long réduit généralement notre civilisation à une poussière d’étoile.

[1] Le manant confond allègrement et sans aucune gêne différence et diversité. La première est radicale et ne se réduit jamais à un rationalisme grégaire. Quant à la seconde, elle représente tout au plus quelque cervelle d’oiseau épivardée. Il faut emprunter les termes d’Emmanuel Levinas qui ne réduisent pas la relation à un matérialisme dépourvu d’immensité pour percevoir l’écart incommensurable entre ces deux termes. À trop vouloir incarner – ou remplacer – Dieu, on oublie sa propre responsabilité. Dieu est la mémoire. Effacer celle-ci, c’est assassiner notre raison d’être, d’où la propension mortifère actuelle.

[2] La dernière nouveauté étant le développement d’algorithmes censés nous indiquer les fausses informations dont on doit s’éloigner comme la peste. Il s’agit ni plus ni moins de fuir l’épidémie pour se réfugier dans la pandémie – la mondialisation génocidaire.

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